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Société & Santé

FINANCEMENT POUR LA CONSTRUCTION DE FORAGES DANS UN VILLAGE PARRAINE PAR LA FONDATION WANNOU

FINANCEMENT POUR LA CONSTRUCTION DE FORAGES DANS UN VILLAGE PARRAINE PAR LA FONDATION WANNOU

Le Vendredi de la semaine passée, le 30 Juin 2017, se tenait à Cotonou, un cocktail dînatoire qui rassemblait une partie de la jeunesse dans le but d’obtenir le financement nécessaire pour la construction de forages dans un village parrainé par la Fondation WANNOU. Ce village avait été retenu, comme tant d’autres villages pour bénéficier du soutien des membres de ladite Fondation. En discutant avec les autorités sur place, Bernard WANNOU, le promoteur de la Fondation avait été entretenu sur le taux d’absentéisme des écoliers et surtout sur leurs piètres résultats scolaires. Pris de compassion mais également curieux, Bernard voulut en savoir davantage sur les raisons de ces échecs scolaires. Ils n’étaient pas dus à la paresse des enfants ni au manque de volonté de leurs parents de les faire scolariser. Ces enfants étaient la plupart du temps absents de leurs classes parce que la source à laquelle ils s’abreuvaient était insalubre et de ce fait, les rendait malades.

Leurs parents en étaient conscients, mais ne dit-on pas que l’eau est la source de vie? Je crois que cette définition de l’eau devrait avoir été formulée par un citadin. Dans les villages, l’eau, de par sa qualité est source de mort. Parfois, de mort atroce parce que de mort lente se propageant dans de frêles corps. Alors qu’un panel de jeunes hommes et de jeunes femmes avait été retenu et présentait ses perspectives et expériences de réussite, mon regard fût attiré par un homme dont je ne connaissais que trop le visage, pour l’avoir vu tant et tant de fois sur les réseaux sociaux. D’une voix grave et assurée, il expliquait ses responsabilités au sein de la petite localité dans laquelle il faisait office de Conseiller Adjoint. Même si j’avais entendu grand bien de lui et à plusieurs reprises, pour moi, il ne restait rien de plus qu’un politicien. Et Dieu sait que je n’ai pas une très tendre image des politiciens. A mon entendement, les Hommes n’étaient pour eux qu’un moyen de se faire de l’argent : ils leur vendaient des mirages le temps de gravir les échelons et de jeter l’échelle pour que personne d’autre qu’eux ne monte.

Alors, du haut de leurs piédestaux, adulés, ils donnaient une impression d’inaccessibilité payée par nos sous et à la sueur de nos fronts. Plus ils avaient des garde-corps et des numéros qu’ils ne décrochaient jamais eux-mêmes, mieux ils étaient respectés. Pour moi, Lionel n’aspirait probablement qu’à cela. Sinon que ferait un corps aussi agréable à regarder que manifestement athlétique dans un village aussi poussiéreux et probablement éclairé selon les humeurs changeantes de la compagnie électrique ? Si ce n’était pas pour des desseins dont nul ne connait encore vraiment l’aboutissement, que ferait un jeune aussi intelligent dans un village que même des vieillards avaient abandonné pour une ambiance plus vivante en ville? Pourquoi un jeune qui avait toutes les chances de se faire autant d’argent qu’il le voulait hors de nos frontières se terrait dans une localité dont le nom était à peine visible sur la carte géographique nationale? Le temps…Seul le temps déterre les motivations les plus enfouies et révèle les pensées les mieux gardées. Aucune fausseté ne résiste au temps. Elle y succombe et se montre telle quelle, dans son entière nudité.

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Je me laissais distraire à regarder d’autres invités présents dans la salle quand mon attention a été retenue par une question posée à l’objet principal de ma curiosité jusque là soigneusement dissimulée : « Lionel, pouvez-vous nous dire de quelle assistance jouissez-vous de la part du gouvernement en tant que C.A pour garder votre motivation ferme dans l’exécution de vos responsabilités? ». La réponse parvint presque aussitôt  » Aucune. », suivi d’un arrondissement de doigts semblant signifier « Zéro ». Comment ça il recevait zéro motivation? Sur la base de quoi prenait-il donc toutes ces initiatives dont les photos ne manquaient parfois pas de circuler sur les réseaux sociaux? Comment pouvait-il dire ne pas recevoir de motivation quand sa page officielle était sponsorisée donc forcément payée avec des moyens financiers pour exprimer ses prises de position ou encourager la jeunesse à se battre pour réussir ?

Comment un politicien pouvait-il encourager quelqu’un à gagner honnêtement sa vie alors qu’il fait le métier le plus malhonnête, c’est-à-dire vendre les rêves des pauvres de son pays aux riches de l’Occident pour susciter compassion et obtenir des milliards de financement qui ne serviront à la fin qu’à créer des harems pour maitresses oisives? J’en étais à ce point dans mes réflexions quand j’entendis Lionel parler brièvement de son père : ce petit garçon d’il y a quelques années qui n’avait aucun soutien familial, rejeton quasi délaissé par son père et marchant sur des kilomètres et des kilomètres avec une rage de réussir qui renforçait probablement ses jambes endolories quand la fatigue était à son comble…

J’entendis Lionel raconter : mon père ne m’a jamais privé du nécessaire mais il me répétait toujours « Mon fils, si je n’ai eu le soutien de mon père, si je n’ai eu les encouragements de ma mère avant de parvenir à ce que je suis aujourd’hui, tu n’as toi à qui j’offre tout, aucune raison d’échouer. Mon fils, tu n’auras aucun prétexte pour dire que la vie n’a pas été facile. ». Ces paroles m’ont profondément touchée et un bref instant, je me suis imaginée un petit garçon qui se levait à l’aube et devait traverser ces ruelles jonchées de mauvaises herbes et de serpents, marcher dans des rues non éclairées la nuit pour rentrer chez lui allumer une lampe tempête pour apprendre ses leçons. Il avait probablement des cousins qui vivaient dans la capitale, dont les parents n’avaient pas de peine à les faire scolariser.

Ce petit garçon aurait pu trouver la vie trop dure et baisser les bras, surtout que personne ne l’obligeait à étudier. Je me suis imaginée quelques années en arrière, quand je trouvais mon père agaçant parce qu’il m’obligeait à faire la dictée matinale. Je détestais mon père pour ce sommeil dont il me privait et quand papa voyageait, c’était à chaque fois comme un 25 Décembre. Comment un petit garçon pouvait-il se discipliner lui-même dans des conditions où aucune concurrence n’était exigée de lui, dans des conditions où il aurait été si aisé de se contenter de manier la houe pour manger ? J’ai eu une pensée pour cet oncle-là, probablement de la même génération que le père de Lionel, qui papotait toute la journée au village pendant que sa femme allait ramasser du sable marin pour se faire de l’argent et le nourrir. Des gens comme cet oncle que j’ai, le père de Lionel en avait certainement vu dans son village. Pourquoi n’avoir pas eu les mêmes attentes de la vie? Pourquoi avait-il rêvé plus grand et surtout, pourquoi avait-il accepté en payer le prix alors que personne ne lui promettait une récompense pour ses bonnes notes ?

Alors que Lionel avait fini son panel et était venu s’asseoir à la table que nous partagions tous deux avec des amis communs, j’ai vu son sourire quand il me saluait : un mélange de sourire assuré mais à la fois timide. Le genre de timidité que vous enseigne l’humilité. Quand j’ai observé cet homme qui ne se rendait pas compte de mon regard posé sur lui, j’ai compris que devant moi, se tenait quelqu’un qui avait compris qu’il ne serait pas dans un aussi beau costume si des décennies avant sa naissance, un jeune garçon n’avait décidé farouchement de faire reculer les barrières de l’ignorance et offrir mieux à sa progéniture que l’héritage que lui laissaient ses parents. Au travers du jeune Lionel, je voyais l’enfant CHOBLI qui plus tard devint son père. Je voyais ses larmes. J’imaginais ses douleurs, ses questionnements et parfois, ses petites mains tenir fermement le stylo quand le sommeil l’ennivrait et l’invitait à l’assoupissement. Ce village que Lionel servait aujourd’hui avait vu naître et grandir son père. Et dans ce même village, aujourd’hui de petits garçons ont le choix : étudier ou aller aux champs. Aucune des deux options n’était mauvaise. Mais l’une d’elle était meilleure : étudier. Étudier puis retourner au champs, comme le fait aujourd’hui Lionel. Étudier puis quitter le pays s’il le faut et y revenir enseigner aux autres ce que l’on a appris et vu faire ceux qui ont réussi.

Alors que Lionel éclatait d’un bon et franc rire devant le spectacle du comique slameur MRV, j’ai réalisé que Lionel avait compris quelque chose que beaucoup parmi nous avons manqué de comprendre. Lionel avait compris quelque chose que son père lui a probablement enseigné : l’avenir du pays ne se décide pas dans les villes ni hors de ses frontières. L’avenir du pays se décide dans les villages, quand ces gens sont si illettrés qu’ils ne comprennent pas ce tissu de mensonges que leur racontent en français ces politiciens dont les interprètes sont payés pour dire parfois autre chose que ce que leurs oreilles ont entendu. L’avenir de notre pays se joue dans ces villages où les mères de famille ignorent l’essentiel des méthodes de planning familial et que dans ces coins mal éclairées à la tombée de la nuit, elles offrent leurs corps pour ces brefs ébats qui font naitre ces bouches qu’elles ne peuvent nourrir véritablement selon leurs rêves que tous les 5 ans, quand à l’issue d’une élection, elles reçoivent ces billets si neufs qui pourtant en ville n’émeuvent même pas un garçonnet.

Les gens de la trempe de Lionel ont compris que l’avenir de notre pays est décidé par des gens qui ne comprennent rien des lois pour lesquels ils élisent des députés qui vont les représenter et qui une fois à l’Assemblée Nationale cèdent leurs voix aux plus offrants. Les gens comme Lionel ont compris qu’ils ont beau étudier en Occident, leurs présences n’y seront jamais que tolérées et qu’ils ne seront jamais acceptés peu importe à quel point ils ont pu s’intégrer. Les gens comme Lionel ont compris qu’ils ne vivront ainsi qu’avec l’illusion d’avoir réussi, sans que leurs enfants puissent venir se réaliser sur la terre de leurs ancêtres parce que chaque année qui passe, les analphabètes et les illettrés font de mauvais choix de dirigeants, de mauvais choix de politiques gouvernementales.

Ils sont analphabètes et illettrés mais ils sont majoritaires et nous ne sommes que minoritaires. Ce sont eux qui votent les Présidents, ce sont eux qui choisissent les Députés et généralement les plus véreux parce que votés à coups de millions qu’ils récupèrent par tours de valises. Chaque petit enfant de chaque petit village qui n’est pas scolarisé représente en réalité un danger pour chaque écolier de grande ville peu importe qu’il soit issu de la plus grande famille du pays. Chaque petit garçon de village qui n’est pas enseigné décidera pour nous demain si notre pays sera vivable ou pas. Devenus grands, ils décideront par leurs choix la plupart du temps inconscients, si le pays sera plus développé qu’aux temps de leurs pères. En réalité, je crois que Lionel l’a compris. Et je crois qu’il n’a pas très envie que ses enfants connaissent ce pays tel qu’il l’a connu. Je crois qu’il n’a pas envie que ses enfants vivent les mêmes inégalités sociales, les mêmes partages injustes des richesses de notre pays. Lionel n’a juste pas envie que ses enfants aient les mêmes conditions d’étude que lui et soient obligés demain, de devoir quitter leur pays ou l’Afrique pour étudier alors qu’avec un peu de volonté l’Afrique pourrait instituer les meilleures centre de formation du monde.

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J’ai observé Lionel et son sourire taquin, et au travers de lui j’ai vu son père que je n’ai jamais connu, j’ai vu cet écolier qui voulait construire le monde, qui a contribué à sa manière et qui a su passer le flambeau à son fils. J’ai vu Lionel, non comme un politicien mais juste comme un rêveur. Non de ces rêveurs qui attendent dans la prière, les bras croisés, que Dieu fasse un miracle. J’ai vu Lionel agir pour ne laisser à Dieu autre choix que de faire un miracle. Car en réalité, si le peuple périt faute de connaissance, le peuple périt surtout parce que ceux qui parviennent à la connaissance, la plupart du temps, ne veulent pas se tenir à la brèche pour sortir les autres des ténèbres de l’ignorance. J’ai vu Lionel et en lui, j’ai vu une part de moi, une part de chaque jeune qui veut que les choses changent et qui se donne les moyens de les faire changer. J’ai vu Lionel et sans avoir encore vu son père, j’ai été fière de ce ex petit écolier si fort et si vaillant. Si déterminé et si battant…J’ai vu Lionel et j’ai eu de l’espoir…

Source : Arielle Heaven Expériences de Vie

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