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Société & Santé

Bénin : la traque des vendeurs à la sauvette, l’autre drame social sous le régime Talon

Bénin : la traque des vendeurs à la sauvette, l’autre drame social sous le régime Talon

Ils sont par dizaine dans les feux tricolores de Cotonou, la capitale économique du Bénin, à gagner leur pain quotidien au péril de leur vie. Marchandise en main et/ou sur la tête, ils n’hésitent pas à faufiler entre les motos, véhicules et camions pour proposer aux usagers de la route leurs produits qui sont pour la plus part des produits importés. Ce sont des vendeurs à la sauvette. Pour le Préfet du département du Littoral, Modeste Toboula, ils sont des « polluants » qui ternissent l’image de la ville de Cotonou. C’est pourquoi, ils font depuis maintenant quelques jours, objet d’une traque par les forces de sécurité.

Dans l’après-midi de ce vendredi 18 août 2017, une équipe de « Bénin Web Tv » est allée à la rencontre de ces vendeurs à la sauvette au carrefour Sika Toyota (Cotonou) où ils deviennent de plus en plus nombreux ces derniers jours. Devenus paranoïaques, parce que traqués matin comme soir par les émissaires du Préfet Toboula, certains, en voyant notre caméra à peine sorti du sac, ont pris la fuite tout en donnant l’alerte « Yédja, yédja !!! » (ils arrivent, ils arrivent !!!). La scène était pitoyable.

Ça courrait dans tous les sens. Sans aucune précaution, enfants, adultes comme femmes avec bébé au dos traversaient la voie à une allure déconcertante. Dans leur fuite, certains abandonnent leurs marchandises dans le terre-plein central. Au volant de sa voiture dans le traditionnel embouteillage qui caractérise le carrefour Sika Toyota les soirs, une dame qui a suivi de bout en bout la scène n’a pas pu retenir ses larmes. L’émotion était forte.

Il a fallu qu’on leur explique que nous sommes des journalistes et que nous ne leur voulons aucun mal pour que certains acceptent nous parler. D’autres sont restés catégoriques : « vous voulez nous prendre en photo pour le préfet puissent bien nous identifier pour venir nous arrêter  » s’est écrié une vendeuse à la sauvette en s’éloignant de nous.

Prisca Kadaho est la première qui a accepté nous parler. Âgée de 32 ans et mère de deux enfants, elle réside au quartier Tonato (comme par coïncidence) dans le 8ème arrondissement de Cotonou.

« On a envie d’aller vendre au marché, mais depuis qu’ils ont fait le déguerpissement des espaces publics il n’y a plus de place dans les marchés. Et dans les marchés, les vendeurs ambulants sont chassés par ceux qui ont pu s’offrir une place. De là on a pris la résolution de venir vendre dans les feux tricolores » raconte Prisca Kadaho.

« Par notre activité, nous aidons les fonctionnaires qui sortent les soirs tout fatigué et qui n’ont pas le temps d’aller au marché pour s’acheter certains petits produits. Le temps qu’ils passent dans l’embouteillage, ils profitent pour les acheter chez nous… » a-t-elle ajouté. Est-ce que vous mesurez le risque sécuritaire et sanitaire que comporte votre activité ? A cette question, dame Prisca a une réponse toute faite.

« On n’a pas le choix. Si tu restes à la maison qui va te donner à manger ? Il n’y a pas du travail … et on ne peut pas croiser les bras à la maison pour trouver à manger ! ».

Vendeuse à la sauvette depuis environ 2 ans, Prisca Kadaho vend des produits saisonniers de tout genre. Elle affirme faire un bénéfice net de 3.000 à 4.000 francs par jours, de quoi nourrir sa petite famille et payer la scolarité de ses deux enfants.

Wilfred Métohou est un élève en classe de Terminale. En vacance à Cotonou, il dit vouloir chercher un peu d’argent pour venir en aide à ses parents en s’achetant quelques fournitures scolaires.

« Je suis venu faire les jobs de vacances pour trouver de quoi acheter les fournitures scolaires. A mon âge aujourd’hui, je dois aider mes parents. Je sais que je prends beaucoup de risque mais Dieu va me protéger. Ils sont en train de nous chasser … même si on entend le bruit des ambulances, on fuit parce que on ne sait pas si c’est le Préfet qui arrive » nous a-t-il confié.

Dans cette jungle où chacun fait l’impossible pour tirer son épingle du jeu, nous avons rencontré des enfants filles comme garçons dont l’âge varie entre 7 à 13 ans. Ils sont une dizaine au total. Elève pour la plus part, ils disent venir porter un coup de main à leur parent pendant les vacances. Papier mouchoirs, papier hygiénique, coton tige, bonbons, eau en sachet (pure water) et biens d’autres petits articles leurs sont confiés.

Gnansounou Emmanuel est élève en classe de 5ème à Abomey. Agé de 13 ans, il dit venir en vacance à Cotonou pour chercher de l’argent. « Je n’ai pas peur de me faufiler entre les voitures et les camions. On m’a appris comment s’y prendre et je le fais », a raconté Emmanuel.

La vente sauvette, quoi que très risqué, apparaît comme un refuge non seulement aux vacanciers en quête de ressources pour se préparer la rentrée scolaire prévue pour le 18 septembre 2017, mais aussi et surtout aux désœuvrés qui doivent joindre impérativement au quotidien les deux bouts à la sueur de leur front. Après l’opération de libération des espaces publics, la traque contre les vendeurs à la sauvette à Cotonou semble bien porter les germes d’un nouvel drame social sous le régime du Président Talon.

Source: http://beninwebtv.com/2017/08/benin-traque-vendeurs-a-sauvette-lautre-drame-social-regime-talon/

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