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Politique

Bénin : Léhady Soglo sauvera-t-il sa peau ?

Bénin : Léhady Soglo sauvera-t-il sa peau ?

Évincé de la présidence de la Renaissance du Bénin, le parti créé par sa mère en 1992, le maire de Cotonou considère que le chef de l’État n’est pas étranger à ses récents ennuis.

Ce 29 mai à Cotonou, c’est sans ses fines lunettes ovales que Rosine Soglo, l’ancienne première dame, se présente face à la presse. Gênée par de sérieux problèmes de vue, l’épouse de l’ex-président Nicéphore Soglo peine à ouvrir les yeux, mais tient à défendre l’honneur de sa famille. Huit jours plus tôt, le bureau politique de la Renaissance du Bénin (RB), le parti qu’elle a créé en 1992, a éjecté son fils Léhady de ses fonctions de président. Alors, du haut de ses 83 ans, « Maman Rosine » retrouve sa verve légendaire pour faire la leçon aux « dissidents ».

« Cette décision de chasser le propriétaire de sa maison, c’est la première fois que je vois ça de ma vie. Ceux qui ne sont pas d’accord avec le président du parti, ils n’ont qu’à s’en aller ! Tant que je serai vivante, tant que Dieu sera là, personne ne me chassera de mon parti. Il faudra qu’on me tue ! » D’un coup, son regard s’illumine et les traits fins de son visage se crispent tandis qu’elle lâche d’une voix aiguë : « Léhady Soglo continue à être le président de la RB ! »

Âgé de 56 ans, l’intéressé aurait sûrement préféré ne pas avoir à appeler sa mère à la rescousse. Mais avait-il le choix ? La procédure d’exclusion qui le vise est l’aboutissement d’une longue crise interne, fruit d’un mécontentement certain contre sa gouvernance. Contesté dans son parti depuis 2015, le maire de Cotonou – fonction occupée avant lui par son père – a vu sa situation se fragiliser davantage à l’occasion de la présidentielle de mars 2016.

Un parti tiraillé

À la tête d’un parti en perte de vitesse depuis plusieurs années, Léhady Soglo avait décidé de ne pas se porter candidat et de soutenir Lionel Zinsou, quitte à contrarier ses propres parents, qui ont activement fait campagne contre ce dernier. Un choix qui, après l’échec au second tour de l’économiste franco-béninois, s’est retourné contre lui, aiguisant l’appétit de certains barons du parti désireux de prendre sa place, lesquels ne manquent pas de lui reprocher une gestion solitaire et opaque des fonds de la campagne.

Bon père de famille

« J’ai géré le parti en bon père de famille », balaie Léhady Soglo. Membre fondateur de la RB, le président déchu admet que la présidentielle l’a fragilisé, mais considère que Patrice Talon n’est pas étranger à ses récents ennuis. De fait, au lendemain de l’élection de ce dernier, le parti de Léhady Soglo s’est trouvé tiraillé. Devait-il se positionner comme un parti d’opposition ou comme un parti de gouvernement ? Très rapidement, des cadres de la RB décident d’accompagner l’action de Patrice Talon.

D’abord officieuse, cette collaboration est officialisée en février 2017 par les députés de la Renaissance. « En l’état actuel des choses, rien ne saurait justifier une opposition stérile à sa vision en moins d’un an d’exercice du pouvoir », affirment-ils, estimant par ailleurs que le chef de l’État, qui avait réalisé de très bons scores en 2016 dans les bastions électoraux de la RB, incarne « aussi le choix de nombreux militants, qui ont désavoué en sa faveur [le] choix politique [de la RB] à l’élection présidentielle ».

Ami, ennemi

Cette allégeance implicite à Talon sonne pour Léhady Soglo comme un désaveu. Les deux hommes se connaissent pourtant très bien. Claudine, l’épouse du chef de l’État, n’est autre que la nièce de Rosine Soglo. Et c’est au domicile de Talon que s’est déroulée la cérémonie de mariage de Léhady, dans les années 1990.

En avril 2015, alors qu’il vivait en exil à Paris, l’homme d’affaires a soutenu financièrement la RB – un parti au sein duquel il n’a jamais milité, mais dont il s’est toujours senti proche – lors des législatives. Mais, dans le même temps, il a tenté d’empêcher l’élection de Léhady à la mairie de Cotonou. Premier accroc. L’année suivante, Patrice Talon fait son retour au Bénin, où il se déclare candidat à la présidentielle. Par deux fois il sollicite le soutien du fils Soglo, qui l’éconduit sèchement.

Talon ne lui a pas pardonné

Patrice Talon vit cette fin de non-­recevoir comme une humiliation. « Léhady n’a jamais été clair, soufflant le chaud et le froid. Lors de sa première démarche, il l’a fait poireauter dans sa salle d’attente. La fois suivante, il lui a servi du champagne. Tout ça pour s’en prendre à lui ensuite dans les cercles politiques. Talon ne le lui a pas pardonné », explique un proche du président béninois.

Le non ralliement qui coûte cher

Ce jeu du chat et de la souris s’est poursuivi après la présidentielle. Léhady Soglo tente alors de prendre attache avec la nouvelle équipe, faisant savoir à plusieurs proches de Patrice Talon qu’il souhaiterait être reçu par le chef de l’État. Mais, selon un ancien ministre qui connaît bien les deux hommes, « l’entourage de Talon, où certains ont des comptes à régler avec Léhady, s’est longtemps abstenu de transmettre ces demandes d’audience à son patron ». « Si Talon m’en veut, c’est parce que j’ai toujours refusé de rallier la majorité », affirme de son côté Léhady Soglo.

Quelques mois après son élection, le nouveau chef de l’État se rapproche de certains cadres de la RB, qu’il rencontre à son domicile en toute discrétion. En aparté, Patrice Talon ne manque pas d’afficher son inimitié envers Léhady, et son souhait de voir le parti fondé par Rosine Soglo se réformer. Mi-avril 2017, il se montre encore plus explicite lorsqu’il reçoit Nicéphore Soglo au palais de la Marina.

Léhardy se braque contre tous les projets du gouvernement. Nous n’avons pas de temps à perdre avec lui

Selon un proche de l’ancien président, Talon aurait déclaré à ce dernier que son fils Léhady et son épouse Rosine étaient à l’origine du mal qui gangrène la RB. L’animosité de Patrice Talon envers le fils Soglo résulte également d’une ambition hégémonique que ce dernier vient contrarier. C’est ainsi que, depuis son élection à la magistrature suprême, la quasi-totalité des maires qui lui étaient opposés a été destituée.

Seul Léhady Soglo, l’édile de Cotonou, lui résiste encore. « Son véritable objectif est de faire main basse sur la mairie, assure un ancien ministre proche de Talon. La déstabilisation politique de Léhady n’est qu’une étape. Ce n’est pas un hasard si trois audits successifs concernant la gestion de la mairie ont été lancés depuis un an. »

« Léhady se braque contre tous les projets du gouvernement. Nous n’avons pas de temps à perdre avec lui », fait valoir de son côté un proche de Talon.

Tambouille familiale

Menacés au sein de leur propre parti et dans la ville qu’ils contrôlent depuis 2003, les Soglo n’ont désormais d’autre choix que de se serrer les coudes. Régulièrement opposé à son fils, qu’il critique souvent en privé, Nicéphore Soglo, cette fois, s’est rangé derrière lui. Une attitude qui n’est pas seulement motivée par un réflexe de solidarité familiale.

Toujours très populaire auprès de l’électorat fon (l’ethnie majoritaire au Bénin), Soglo père, aux dires de son entourage, « considère que Talon lui doit en partie sa victoire. Il s’attendait à être payé en retour, notamment en voyant son autre fils, Ganiou [ancien ministre de la Culture], entrer au gouvernement ».

On s’achemine vers une impasse

En voie de réconciliation, les Soglo réussiront-ils à sauver Léhady ? « On s’achemine vers une impasse », estime une source bien informée. « Cette démarche n’aboutira pas, car elle est totalement illégale, s’insurge Léhady Soglo, qui a lui-même décidé d’exclure les frondeurs de la RB. C’est un congrès qui m’a élu, et seul un congrès peut décider si je dois rester président ou non. »

« Le ministère de l’Intérieur a pris acte du changement à la tête du parti, assure de son côté l’un des frondeurs. Soglo n’aura d’autre choix que de porter l’affaire devant les tribunaux. » Et la même source de conclure que si le maire de Cotonou opte pour cette voie « le pouvoir lui fera mordre la poussière ».

Qui sont les séditieux ?

La décision d’exclure Léhady Soglo a été prise par 21 des 39 membres actifs du bureau politique de la Renaissance du Bénin (RB). Désigné président intérimaire jusqu’à l’organisation du prochain congrès, Georges Bada est l’une des figures de proue de la fronde. Autour du maire de Calavi, on retrouve ceux de Bohicon, Luc Atrokpo (pressenti pour devenir le prochain président du parti), et d’Abomey, Blaise Ahanhanzo Glèlè.

Deux députés se sont également fait remarquer par leur activisme : Gildas Agonkan et Boniface Yehouetome – l’un des plus anciens parlementaires de l’Assemblée nationale.

Source: www.jeuneafrique.com

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