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Music & Showbiz / Société & Santé

Chronique Urbaine : Vano Baby, création paillarde ou refus d’un bonheur obscène dans la société ?

Chronique Urbaine : Vano Baby, création paillarde ou refus d’un bonheur obscène dans la société ?

Vano Baby est l’un des musiciens béninois récents qui retient l’attention des béninois (auditeurs et média), actuellement. En effet, il est généralement entendu çà et là que c’est une musique qui porte atteinte à l’éthique social (cette expression me semble pourtant dense et discutable). Certes, la musique ce n’est pas que de l’orchestration mais aussi la voix, les paroles et la sonorité. Mais n’est-ce pas léger que de réduire l’œuvre d’un artiste au seul besoin individuel ou aux seules attentes personnelles, sans un minimum d’objectivité, d’ouverture d’esprit et sans affûter un peu son regard de critique ?

Le cas des chansons « Adigoué gbohou gbohou » et « Man zé wé do charge »

Dans les deux chansons, je prendrai majoritairement comme objet de ma réflexion les refrains.

Dans la première chanson, le refrain dit :

« Adigoué gbohou gbohou,

Chérie tché do adigoué gbohou gbohou,

Adigoué gbohou gbohou,

Fanny tché do adigoué gbohou gbohou ».

Dans ce refrain, qui peut se résumer en « ma chérie, a des fesses éléphantesques », nous constatons que l’adjectif choisi pour qualifier les fesses de la femme apostrophée est péjoratif. Car il aurait pu dire « kloklo » ou « daho » ou même, « kponoon ». Ainsi, devrions-nous comprendre que cette façon de dire qui choque plus d’un est pourtant une création langagière qui dans son fonctionnement, veut faire de ce qui à priori semble un défaut, une valeur et ceci dans l’intention de valoriser un type particulier de femmes : c’est-à-dire, celles qui (autrefois moquées par certains) ont des fesses (bien excessivement) bien au-delà du corps ! (Ne riez pas !).

Car lui-même le confirme dans une répétition vers la fin de la chanson min é ba nan ton ha Vano bo man do gogoà perd son temps. Et la voix dédoublée renchérit : éo é douà. Même si ce n’était pas le cas, son choix est peut-être dû à une recherche de sonorité adéquate, mais même dans ce cas, il s’agit d’un choix conscient, volontaire, donc une preuve de désir de créer, de ne pas mettre les mots dans un ordre illogique (ce qui est curieusement le cas de certains artistes béninois qui prétendent faire les meilleurs œuvres de la terre ; et nous ne citons pas de noms).

La deuxième chanson, « Man zé wé do charge » nous semble confirmer notre idée selon laquelle Vano fait bien de la création langagière, ce qui est d’ailleurs le propre de l’art en général, et de la chanson en particulier. Le refrain dans cette œuvre musicale dit :

« Chargeur o noun kpèvi à non yia kabi noun daho ?

Nokia a non yi a kabi I-Phone ?

Chargeur o noun kpèvi à non yia kabi noun daho ?

Xtéria kabi Samsung ?

Chargeur o noun kpèvi à non yia kabi noun daho ?

Nokia a non yi a kabi I-Phone ?    

Chargeur o noun kpèvi à non yia kabi noun daho ?

Kabi junior a non yia kabi min daho ? »

Ce refrain, avant tout jugement de valeur, est beau. Il doit sa beauté à la métaphore qu’elle constitue. C’est-à-dire que sans se rendre compte qu’il s’agit d’un déplacement de sens des mots utilisés par l’artiste, l’auditeur ne comprendrait pas le sens de la chanson de façon toute basique en n’ayant qu’une compréhension au premier degré.

En effet, « chargeur » ici ne veut point dire tout simplement « source d’alimentations » ; même si les allusions « noun kpèvi » (petit bout), « noun daho » (grand bout), ou la précision de marque téléphonique comme « Samsung » ; s’y rapportent.

La suite de la chanson décline clairement qu’il s’agit de la description d’une manière voilée (ou non), d’exécuter l’acte sexuel. Ce qu’illustrent clairement, les mots, ou fausses-plaintes, ou autres propos faisant références aux manières pornographiques ou à l’acte sexuel.

Qu’en est-il de l’image de « chargeur » ?

Il est dit dans certaines traditions, notamment celles de l’Asie (d’où nous viennent les Kâma-Sûtra) que l’acte sexuel, exécuté dans une certaines conditions et exigences sacrées, constitue une forge dite de ‘’cyclope’’ qui remplit d’énergie, qui charge les exécutants de l’acte. N’est-ce pas cette idée méliorative de l’acte sexuel qui a inspiré Vano  à faire ce choix ?

Car n’aurait-il pas pu choisir des allusions évoquant plus crûment les ébats sexuels comme celles utilisées par certains artistes béninois : ‘’ jaguar ’’, ‘’ ce qui est dans ton caleçon ‘’, ‘’ yonou towé ‘’ ; ou les fameuses phrases ‘’nan dé tché sin min’’ logozoique* et ‘’zé dé min tcha !’’ pharaonienne* ?

Aussi, ce choix de Vano est, pouvons-nous oser l’affirmer, lié à son désir d’être artiste de son temps : le temps de la ruée des TIC. Ces produits (téléphones portables surtout) qui sont devenus dans la société, des appâts sexuels pour certaines jeunes filles. Il suffit d’acheter un iPhone ou un Nokia nouvelle formule, pour soi ou pour l’autre élément (personne) désiré (e), peu importe, pour avoir accès au wifi sexuel.

De plus, le retour deux fois, du verset «Nokia a non yia kabi i-phone » ne traduit-il pas les marques les plus utilisées dans le milieu où l’artiste a découvert ce vice ?

Qu’en tirons-nous ?

Cette chanson de Vano contribue selon nous, à indexer un phénomène qui prend de l’ampleur dans notre société : la débauche sexuelle qui trouve un nouveau ferment pour sa croissance : les portables-nouvelle-génération. Le sexe rencontre les portables et en sort un bonheur obscène. Mais étant donné que l’artiste ne se veut pas éducateur ou « parents » de qui que ce soit, n’est-il pas compréhensible, qu’il se contente de rapporter, avec humour, et impertinence afin d’atteindre sa cible à lui ? 

Et si cette vision que j’ai des chansons de Vano Baby n’était que paternalisme ? 

D’aucuns peuvent se dire cela. L’idée serait que l’artiste expose dans ses œuvres de la pornographie. Nous allons avec emphase, y réfléchir avec eux. S’il est vrai que, comme on critique sans grande objectivité ces chansons, Vano crée des chansons paillardes qui portent atteinte à l’éthique, aux valeurs sociétales ; je me pose une question : Est-ce que cela signifie que, les jeunes (surtout ceux qui s’en plaignent de façon presque condescendante) et même beaucoup de personnes âgées, n’écoutent pas en privé, en cachette les chansons de Vano ? Mais alors, comment font-ils pour savoir exactement ce qui est déplorable dans les œuvres de l’artiste ? Plus loin encore : pourquoi ne se révoltent-ils pas contre les chansons importées dont les traitements en matière de sexe, ne sont pas plus contrôlés, et parfois frôlent l’excès ?

Les réponses à ces interrogations viennent d’elles-mêmes et se situent à plusieurs niveaux. Quoiqu’il en soit, nous pouvons reconnaitre dans nos comportements un fait psychanalytique :

« Il est devenu courant, pour nous, de dire que notre civilisation a été édifiée aux dépens d’aspirations sexuelles qui sont inhibées par la société, en partie refoulées, en partie aussi mises au service de nouveaux buts. Nous avons aussi reconnu que, malgré toute la fierté que nous donnent nos conquêtes culturelles, il ne nous est pas facile de satisfaire aux exigences de cette civilisation, de nous sentir à l’aise en elle, parce que les restrictions pulsionnelles qui nous sont imposées signifient pour nous une lourde charge psychique. » Sigmund Freud, Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse (1933).

Ainsi, l’évidence est que cette ‘’lourde charge’’ peut conduire à une rechute d’autant plus que le ‘’moi psychologique’’ n’est pas éliminé du subconscient des individus, mais simplement réprimé, refoulé par la société. Ce qui est donc préférable pour qui écoute, sans une analyse ces chansons, est ce que Samael Aun Weorappelle La transformation des impressions. Une méthode qui consiste à donner aux événements qui nous arrivent, le sens qui n’affecte pas notre psyché. Comme ce qui est fait un peu plus haut à ces chansons de Vano. Si nous ne pouvons pas modifier le cours de tout ce qui se présente à nous, ne pouvons-nous pas modifier leurs impacts sur nous ? Si nous voulons préserver notre âme, pensons à l’importance de la philosophie : « Cultura animi filosofia est. » (La philosophie est la culture de l’âme). » (Cicéron).

Nous le savons, mais pourquoi ne l’appliquons-nous presque jamais continuellement ? Parce que  nous n’y croyons pas ? Ou parce que nous détestons la paillardise mais qu’au fond, nous adorons la pornographie ? Là, est la question.

Source :https://www.benincultures.com/fr/chronique-urbaine-4-vano-baby-creation-paillarde-ou-refus-dun-bonheur-obscene-dans-la-societe/

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