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Claudine Afiavi Prudencio : La témérité au féminin

Claudine Afiavi Prudencio : La témérité au féminin

Elle a certes tout pour mener une vie tranquille. Mais à la surprise de ses proches, Claudine Afiavi Prudencio a fait le choix d’avancer dans une jungle, celle de la politique où tous les coups sont permis. Autant elle en encaisse, autant elle sait en donner. Son arme favorite, l’audace…

Sa sortie, très attendue, a fait l’onde d’un choc. A telle enseigne que certains de ses compatriotes, ce samedi 21 octobre 2018, se sont mis à l’identifier à un Ovni dans le ciel politique béninois. Pourtant cette frêle silhouette à la voix fluette est l’un des visages les mieux  connus des Béninois. Elle se prénomme Claudine Afiavi, et porte fièrement Prudencio, le patronyme  de ses aïeuls. A 53 ans, cette spécialiste des procédures de passation des marchés et en arbitrage commercial international a dans sa besace non seulement une maîtrise en droit des affaires mais en plus un Dea en droit international du développement et un Dess en gestion de la micro-entreprise.

Aussi a-t-il suffi l’instant d’une décision, peut-être la plus importante dans son parcours politique,  pour que le monde découvre une autre facette de l’amazone d’Abomey-Calavi, une commune du Sud-Bénin réputée être la plus peuplée du pays. « Elle a du cran », reconnaît, admiratif, un de ses redoutables challengers de la 6ème circonscription électorale, son principal bastion. C’est ici en effet, sur les terres d’Abomey-Calavi, de Zè et de So-Ava, qu’elle s’est construit une stature de leader politique. En 2011, pour sa première participation, elle gagne haut la main les élections législatives dans sa circonscription, et obtient avec brio son ticket d’accès à l’assemblée nationale. Quatre ans plus tard, elle rebelote et inscrit une fois encore son nom au fronton de l’hémicycle béninois.

Pour l’élue de la 6ème circonscription électorale et ses partisans, ce jour reste donc mémorable. « Nous avons décidé de prendre notre destin en main », jubile un de ses lieutenants. En refusant de saborder sa formation politique, l’Union démocratique pour un Bénin nouveau(Udbn), à un des deux blocs politiques adoubés officiellement par le Président de la République, elle s’attire, sans aucun doute, la foudre de ses anciens alliés du Bloc de la majorité parlementaire(Bmp). Et peut-être même celle du numéro 1 béninois. Mais elle n’en a cure.

En effet, dès l’annonce de sa décision de rompre les amarres avec les « blocs présidentiels », une volée de bois vert lui tombe là-dessus. Tantôt pilonnée dans les médias, tantôt vitriolée sur les réseaux sociaux, elle devient rapidement pour ses amis d’hier « la femme » à abattre. Car son retrait fracassant des tractations en cours pour la concrétisation de la volonté affichée de Patrice Talon de regrouper la majorité des formations politiques sous sa coupe n’est pas sans conséquence.  A preuve, à la suite de l’Udbn, plusieurs leaders politiques de la majorité présidentielle se sont empressés de lui emboiter le pas en décidant de continuer de voler de leurs propres ailes. Un pied de nez que la Marina n’a certainement pas beaucoup apprécié.

Prête à se battre

Mais ce qui préoccupe Claudine Afiavi Prudencio à l’instant, c’est le devenir de sa formation politique. Fort heureusement, sa base est en phase avec elle. « Vous avez décidé de confirmer la tendance qui s’est dégagée des consultations menées auprès de tous les militantes et militants sur le positionnement du parti face à la réforme du système partisan et face à l’invitation du parti à se désagréger dans l’un des blocs ou parti en gestation », annonce-t-elle, à la fois émue et soulagée, à la fin des travaux du dernier congrès extraordinaire de l’Ubdn.

Désormais gonflée à bloc, elle est plus que jamais déterminée à se battre, jusqu’au bout. Cette énergie combattive, elle la puise dans le soutien inconditionnel que lui témoignent sans cesse ses militants. « Vous avez préféré que la liste Udbn aille seule aux élections pour préserver l’intérêt des jeunes et des femmes qui constituent le socle du parti », rappelle-t-elle aux siens. Aujourd’hui les yeux rivés sur le 28 avril 2019, date du prochain scrutin législatif, elle repart de nouveau à la chasse. « Le terrain, c’est son adrénaline », confie, extasiée, une de ses proches collaboratrices.

Pour elle, il y a maintenant deux défis à relever : primo, assurer sa propre réélection et secundo, réussir l’exploit d’envoyer un wagon de députés estampillés Udbn à l’assemblée nationale. « Ce ne sera pas une mince affaire », avoue un responsable de l’Udbn. Ici, tout le monde s’accorde à reconnaître que la survie politique de la présidente Claudine Afiavi Prudencio et du parti sera tributaire du score de l’Udbn aux prochaines joutes électorales. Depuis lors son quotidien se passe sur le terrain. Elle enchaine les réunions, multiplie les contacts, galvanise sa troupe. « Jusqu’au verdict des urnes en avril prochain, point de répit pour elle », prévient-on dans l’état-major de l’Udbn.

Cependant, « il n’y a pas péril en la demeure », susurre l’entourage de Claudine Afiavi Prudencio. Par le passé, « la petite dame » avait connu bien pire. Et tel un phœnix elle renaît toujours de ses cendres. Tenez ! En 2006, aux premières heures du régime de Boni Yayi, la nouvelle administration la débarque de son poste de Personne responsable des marchés publics(Prmp) du ministère de l’Energie. Motif de ce limogeage : il est reproché à la pétillante fonctionnaire un manquement dans la conduite du processus d’un appel d’offres. Face aux graves accusations, elle entend laver son honneur. Parce qu’il n’est point question pour elle de laisser qui que ce soit traîner son nom dans la boue.

A bonne école

Dès lors, elle prend du recul pour mieux sauter. Sa traversée du désert sera d’ailleurs de courte durée. Puisque dans la foulée, elle concrétise son engagement politique en portant sur les fonts baptismaux son parti, l’Udbn (Union pour le développement du Bénin nouveau). Elle inscrit du coup son nom sur la restreinte liste des femmes chefs de parti au Bénin. Avec sa nouvelle casquette, elle se jette, corps et âme, dans les eaux troubles de la politique. Et part à la conquête d’un électorat, mais aussi d’un fief. Sa détermination et sa fougue à se faire une place dans un univers quasi machiste l’aident à vite décrocher son premier mandat électif : député de la 6ème législature. Elle réussit même la prouesse de prendre le strapontin de premier secrétaire parlementaire au sein du bureau de l’assemblée nationale. Coup d’essai, coup de maître.

Toutefois, ce succès épatant n’est pas le fruit du hasard. Il est le résultat de longues années d’apprentissage dans l’ombre d’un vieux dinosaure de la politique nationale. La légende raconte en effet que c’est l’ancien président de la République, Dr Emile Derlin Zinsou, qui lui aurait mis le pied à l’étrier. Entre les deux, la relation est à la fois militante et affective. « C’est mon oncle, je suis sa nièce », clame Claudine Afiavi Prudencio, à qui veut l’entendre. Aux côtés de son mentor, elle a appris non seulement les ficelles mais aussi les rouages de la jungle politique. Aujourd’hui, elle revendique l’héritage politique de l’ancien président qui demeure son principal repère.

En peu de temps, la disciple de l’austère président Emile Derlin Zinsou est devenue un icône politique. Et désormais, son parti est l’une des formations politiques les plus en vue sur l’échiquier politique national. Une à une, elle gravit les marches vers le sommet. C’est ainsi qu’en 2013, elle entre au gouvernement du président Boni Yayi, et prend les rênes du ministère de l’Artisanat et du Tourisme.

Mais un violent orage surgit encore, et vient assombrir le ciel radieux de Claudine Afiavi Prudencio. Toujours à l’affût, ses détracteurs déclenchent contre sa personne une grosse campagne de dénigrement dans les médias à la suite de la publication de son Curriculum vitae. Ils l’accusent ouvertement d’avoir falsifié un parchemin obtenu dans une université étrangère. « Cette campagne de dénigrement l’a beaucoup affectée. Elle a été atteinte moralement, et sa réputation en a pris forcément un coup », se souvient un observateur averti de la vie sociopolitique béninoise. Blessée dans son amour propre, elle porte plainte devant les juridictions compétentes. Toutefois quelques semaines plus tard, elle la retire, au motif de son attachement au sacro-saint principe de la liberté d’expression. Et l’affaire est close.

Prénommée « audace »

Pour ses soutiens, « le retrait de sa plainte n’est ni une faiblesse ni une abdication ». Bien au contraire, elle révèle au grand jour la générosité de cœur de cette mère adorée de ses deux enfants. Mieux, elle s’accroche aux  principes humanistes universels hérités de son regretté mentor Emile Derlin Zinsou. Cependant, ne vous fiez pas aux apparences. Car derrière ce visage presqu’angélique se cache une femme de caractère. Son collègue et ancien allié politique, le député Valentin Agossou Djènontin en a appris à ses dépens lors des élections législatives de 2015. Dans un corps à corps, ponctué de joutes verbales, l’amazone de la 6ème circonscription électorale a prouvé à son challenger du moment qu’elle avait aussi des « couilles ».

« Elle n’a peur de rien », préviennent ses partisans. Et elle en apporte la preuve au quotidien. A titre illustratif, dans un combat de David contre Goliath, elle affronte depuis quelques années aux côtés de son époux, le richissime homme d’affaires béninois Samuel Aworet Dossou, l’ogre français Vincent Bolloré. Entre les deux parties, une guerre d’intérêts autour du sulfureux dossier de concession de l’Organisation commune Bénin-Niger des chemins de fer (Ocbn). Mais dans la sociologie locale, ce tempérament de feu de la présidente de la Commission de l’Education de l’assemblée nationale ne surprend guère. Il est intimement lié à son prénom du terroir. Afiavi, une fille née un vendredi chez les peuples Mina et adja, traîne la réputation d’une entêtée, d’une audacieuse, d’une téméraire. Et c’est tout le portrait de Claudine Afiavi Prudencio.

Rodrigue Philippe HODE

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