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Société & Santé

Expérience de vie :EMPRISONNÉE AU CNHU…LOIN DE SES ENFANTS….DANS SON PROPRE PAYS…

Expérience de vie :EMPRISONNÉE AU CNHU…LOIN DE SES ENFANTS….DANS SON PROPRE PAYS…

Par Arielle Heaven

Au moment où j’écris ces lignes, je suis dans les murs du Centre National Hospitalier Universitaire de Cotonou. Je suis venue y rencontrer Dame G. Je ne la connais pas, pas plus qu’elle ne me connaît. Elle a été informée hier qu’elle recevrait une visite. J’ai été informée hier que je devrais la visiter. Celle qui nous a mis en contact est une internaute ayant lu mes textes intitulés LES MÉDECINS ET NOUS. De passage au CNHU pour rendre visite à sa soeur hospitalisée, elle fit la rencontre de Dame G et son histoire l’émut. Quand elle me la raconta, elle me pria « Tata Ari, tu peux faire quelque chose. Su tu demandes aux gens de cotiser, ils le feront. J’ai essayé de demander de l’argent autour de moi, mais je n’y arrive pas. ». Je n’avais pas d’autre choix que de venir vérifier tout au moins ses dires. Dieu sait que je déteste les hôpitaux, la souffrance ambiante qui y règne, les regards douloureux ou plein d’espoir. Mais il ne s’agissait pas de ce que j’aimais ou pas. Il s’agit de Dame G, il s’agissait d’une femme retenue loin de ses enfants, de son mari, de son foyer.

Quand je rejoignis la chambre qu’on m’avait indiquée, je vis une jeune dame avec un pagne noué à la poitrine. Assise sur un lit. L’air un brin fatigué. Elle n’était pas la seule dans la chambre mais elle était celle dont le lit faisait face à la porte. Quand je déclinai l’identité de qui j’étais venue voir, elle toucha sa poitrine de son doigt « C’est moi. ». Et en même temps, je lus dans ses yeux une lueur d’espoir. On l’avait informée qu’il y aurait une solution. La solution était peut-être cette jeune femme qui lui demandait si elle pouvait bien prendre place à ses côtés au lit : moi.

Après les formules d’usage, je voulus savoir si elle souffrait toujours. « Non », me répondit-elle, en poursuivant  » Je suis guérie. J’ai juste une plaie qui nécessite un pansement régulier mais rien de grave. ». Bien que je connaissais la réponse à la question que j’allais poser, je lui demandai « Pourquoi êtes-vous encore à l’hôpital ? Ne devriez-vous pas retourner auprès de votre famille? ». Elle me répondit en me sortant un bout de carton sur lequel étaient énumérés des frais. La somme dûe était marquée à la fin, 321.500 F CFA, symbolisant les frais d’hospitalisation et d’opération. C’était le prix de sa liberté. Le prix pour quitter ce lieu qui lui rappelle la maladie, ce lieu qui la retient éloignée de ses 4 petits enfants. 321.500 F CFA est le prix à payer pour quitter ces murs lugubres et rejoindre son foyer, dormir sur son matelas à même le sol peut-être mais au moins dans les bras chaleureux de son mari. 321.500 F CFA, c’est le prix à payer pour quitter Cotonou et rejoindre la ville où elle a bâti son foyer. Cette ville qu’elle a quitté il y a deux mois.

Dame G souffrait d’atroces maux de ventre quand elle partit avec son mari dans une clinique privée de la ville où elle habitait à quelques kilomètres de Cotonou. Ayant diagnostiqué qu’elle souffrait de G.U, la clinique lui suggéra qu’elle aille dans un grand centre tel que le CNHU se faire suivre par les spécialistes. A son arrivée, elle fut surprise après les examens d’apprendre qu’elle ne souffrait pas de G.U. L’échographie révéla qu’elle ne souffrait pas non plus d’appendicite, mais d’abcès ovarien. Il était nécessaire de l’opérer. Absolument. L’opération en lui-même fut un succès et tout se serait passé pour le mieux dans le meilleur des mondes si la cicatrisation n’avait donné lieu à un plaie puante. Gardée sous soins, elle fut mise en examen durant 12 jours dans une chambre qui coûtait 8.000 F CFA par jour, soit un total de 96.000 F CFA. Les soins n’étant pas finis et la facture augmentant, Dame G sollicita une chambre qui lui reviendrait moins chère. Elle se sentait mieux. Son mari qui avait abandonné les enfants à leur fils aîné, était demeuré auprès d’elle pour en prendre soin. La laver, la couver, veiller sur elle. Nuit et jour. Conducteur de taxi moto, il avait épuisé ses économies pour l’amour de sa femme. Elle allait mieux et les enfants étaient livrés à eux, seuls sans personne. Il retourna auprès de leur progéniture et désormais venait lui rendre visite tous les trois jours quand ses moyens le lui permettaient. Avec ce qu’il gagnait, il fallait acheter de l’essence dans sa moto pour continuer d’avoir des clients, faire manger les enfants et rassembler de quoi payer le loyer. Tous les trois jours, il faisait tout de même l’effort de revenir auprès de sa femme lui apporter 500 F CFA ou 700 F CFA pour qu’elle tienne le coup. Mais plus régulièrement, 500 F CFA, soit en moyenne 150 F CFA pour se nourrir toute la journée. 150 F CFA par jour pour prendre et garder des forces, se coucher en lisant la Bible attendant que le salut vienne de Dieu. Le salut qu’ils n’attendent plus des leurs puisque dans leurs familles respectives, chacun se serre la ceinture, comme désormais recommandé sur tout le territoire national.

Contrairement à beaucoup de femmes, Dame G est chanceuse. Sa chance vient du fait que juste après que la facture des 321.500 F CFA lui ait été présentée, elle tomba à nouveau malade. Rien de terrible comparé à ce qu’elle avait enduré. Elle souffrait de paludisme. Elle devrait libérer la chambre et le lit pour rejoindre la cour, comme ces nombreuses autres patientes qui attendent dehors de l’argent qui ne viendra peut-être jamais. Elles attendent que leurs fils, leurs neveux, leurs pères et mères, leurs beaux fils ou que leurs filles cotisent pour leur liberté. Auparavant emprisonnées par la maladie au lit, désormais emprisonnées par les dettes dans la cour. Une cour que leur font rejoindre les médecins malgré eux : le CNHU ne dispose pas suffisamment de lits pour faire office d’auberge. Il faut en libérer les lits pour les malades et surtout, pour celles qui ont les moyens de payer afin de faire tourner la caisse. Dame G aurait pu être dehors, parfois obligée de se réfugier sous les paillotes en saison de pluie, comme les autres ou rester à l’ombre des arbres quand le soleil est au plus fort de son éclat pour en être protégées des rayons. Mais Dame G a été graciée par un Professeur du CNHU dont elle ignorerait le nom. Bien que sa facture de plusieurs centaines de mille étant impayée et avec son état de malade, il instruisit qu’elle soit considérée comme rehospitalisée et traitée, ce qui lui valut 84.000 F CFA de frais d’hospitalisation et de soins, un total dès lors de 405.500 F CFA. Mise sous perfusion que les infirmières cotisèrent pour lui en donner offrir d’après ses dires, elle bénéficia de la charité d’un médecin qui prit en charge ses analyses. De sa poche, il paya pour que son mal fut diagnostiqué. Cela fait trois semaines que Dame G va bien. De sa maladie, ne reste que la cicatrice dont elle peut aller faire régulièrement les pansements dans un centre hospitalier de sa ville une fois qu’elle aurait rejoint sa maison.. Quand s’en ira-t-elle? Elle l’ignore. Depuis combien de temps a-t-elle vu ses enfants ? Deux mois. Passera-t-elle les fêtes loin d’eux? Oui, si elle ne paye les 405.500 F CFA. Dit-elle vrai? Oui, elle croyait même ne devoir que les 321.500 F CFA, jusqu’à ce que je prenne les informations auprès de l’agent du Service Col Vert de l’Hôpital qui actualisa la facture avec le montant complémentaire des 84.000 F CFA. D’après Mr I.K, l’Hopital avait l’habitude de négocier avec les proches des patients et après prise d’engagement, ces derniers étaient libérés. Mais les engagements n’étant pour la plupart du temps jamais respectés après libération des malades, le Service des Contentieux a dû renoncer à cette procédure.

Emprisonnée à l’Hôpital. Ceci est le sort d’une citoyenne dans son propre pays. Une citoyenne à qui la justice ne reproche rien mais enfermée entre quatre murs depuis deux mois parce qu’elle a eu deux malheurs : celui d’être malade et celui d’être pauvre. Une citoyenne qu’une facture de 405.500 F CFA retient loin de ceux qu’elle aime, ceux à qui elle a donné la vie, ces enfants qui ont vu Maman partir un jour et qui ne l’ont pas revue jusqu’à ce jour. Pour 405.500 F CFA, des enfants sont livrés à eux-mêmes, élevés par un père qui sort de la maison tôt le matin chercher de l’argent et qui ne revient pas avant le soir. Sur la terre de ses ancêtres, une citoyenne honnête est retenue dans un hôpital, pendant que quelques parts, au vu et au su de 10.000.000 d’habitants, les fossoyeurs de l’économie nationale vont et viennent librement, entre deux escales d’avions, prennent de nouvelles femmes et font naître des enfants que nos poches de contribuables doivent entretenir, à notre insu la plupart du temps pendant qu’on nous dit que nos impôts sont pour faire développer le pays. Pendant ce temps, à quelques mètres de nos maisons, des mères qui subsistent quotidiennement avec 150 F CFA / jour, de quoi s’acheter une bouillie ou au besoin du bol de riz sans viande avec juste assez de sauce pour colorier le blanc immaculé du riz, des mères obligées de jeûner malgré leurs états pour cotiser pour leurs soins. C’est le sort de nos tantes, de ces femmes qui auraient pu être nos mères ou nos sœurs mais Dieu nous a fait la grâce de ne pas être éprouvées. Je trouve humblement, que le meilleur moyen de montrer notre gratitude en cette fin d’année surtout, est de tendre la main à ceux-là qui souffrent. Alors que l’année s’achève, toutes nos prières n’ont pas encore été exaucées mais si nous avons au moins la santé, l’amour de nos mères et les regards bienveillants de nos pères, alors nous sommes plus riches que les enfants de Dame G. Alors, nous avons les moyens de leur tendre la main, nous avons les moyens de libérer leur mère. Ensemble…Nous sommes suffisamment forts pour cotiser 405.500 F CFA et la libérer afin de lui offrir un Noël chaleureux auprès de ses enfants. Le geste utile? C’est sur MTN Mobile Money au 00 229 96 14 28 62. Merci à tous.

Source :https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=2020242998256485&id=1662958183984970

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