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Politique

Gouvernance sous Patrice Talon : le Bénin en “Route” ou en “Déroute” ?

Gouvernance sous Patrice Talon : le Bénin en “Route” ou en “Déroute” ?

Le peuple béninois a, en portant son choix sur la candidature de Patrice Talon le 20 mars 2016, cru en un changement positif, une rupture avec les mauvaises pratiques qui arrièrent le pays économiquement. Seize (16) mois après sa gouvernance, l’espoir se révèle de plus en plus utopique.

L’el Dorado promis à forte dose communicationnelle par le candidat Patrice Talon ne sera pas de sitôt, une réalité à en croire la méthode de gouvernance pratiquement identique à l’ancienne observée depuis lors. Les actes sont constatables et ne présagent pas, contrairement à ce qu’avait voulu le peuple béninois, d’un avenir radieux pour l’économie de la nation et donc pour le décollage du pays sur tous les plans.

La méthode de gouvernance actuelle contraste avec les belles paroles prononcées par le Président élu. On se rappelle encore le discours éloquemment prononcé le jour de son investiture devant un parterre de personnalités du Bénin et d’ailleurs.

Un discours dans lequel l’élu de la République promettait une bonne gouvernance, une stabilité politique, le respect strict des valeurs démocratiques, l’engagement de faire un seul et unique mandat présidentiel et surtout la lutte effrénée contre la corruption et toutes infractions connexes.

Faisant le diagnostic, le tout nouveau Président de la République lors de sa prestation de serment au stade Charles de Gaule de Porto-Novo trouve « cependant qu’au plan économique et social, ainsi que de la jouissance des libertés individuelles, l’état des lieux n’est guère reluisant ». C’est dire donc qu’il a conscience de l’état de déliquescence économique dans lequel se trouve le Bénin et surtout de l’enjeu social qui l’attend après dix (10) ans de gouvernance « populiste et propagandiste ».

Tout le peuple s’accordait en ce moment sur la mauvaise gestion des maigres ressources économiques dont dispose le Bénin, la dilapidation des fonds, le détournement des deniers publics pour des fins politiques et parfois inavouées. Bref, le tableau a été peint pratiquement en noir et c’est justement cela qui avait décidé la grande majorité des électeurs à porter leur choix sur la candidature de Patrice Talon qui prônait une rupture et un nouveau départ dans tous les secteurs.

Face donc à cette dégénérescence de la moralité tant publique que politique, le Chef de l’Etat, lors de son discours d’investiture soutenait que  « l’urgence, est donc aux réformes politiques, à la restructuration de l’économie nationale, à la reconstitution du tissu social en redonnant confiance à nos citoyens et la restauration de la crédibilité de notre pays ».

 Le peuple aujourd’hui a-t-il retrouvé cette confiance qu’il aurait perdue et dont a parlé le Président de la République dans son discours ?

Grande interrogation qui pourrait avoir des réponses mitigées selon que l’on soit du camp de la mouvance présidentielle, de l’aile des opposants politiques ou du bas peuple.

Dans le camp de la mouvance présidentielle, les acteurs confirmeront que le peuple se sent mieux gouverné qu’auparavant et que l’espoir est aujourd’hui plus que permis et que l’horizon augure de belles perspectives. Un avenir radieux donc puisque le Chef de l’Etat, diront-ils, a déjà engagé les réformes malgré le blocus des parlementaires quant à son projet de révision de la Constitution du 11 décembre 1990.

« Le Chef de l’Etat a déjà mis le turbo compresseur dans tous les secteurs et point n’est besoin de polémiquer sur ces actions de grande envergure et de grande portée économique », signale Jean-Baptiste Hounguè, membre de la mouvance présidentielle et initiateur de la coalition « Bénin en route » pour le soutien des actions du régime Talon.

« Lancements tous azimuts des travaux de construction de routes, ponts et chaussées, relance des activités de micro finance pour le soulagement des peines des femmes tant rurales que des villes. Le retour renforcé des cantines scolaires dans les écoles en vue de pallier la faim qui contraint certains apprenants à abandonner tôt l’école. Les réformes dans le système de la santé et le recrutement en masse des Béninois pour le renforcement des personnels des administrations d’Etat. Bref, le Bénin est plus qu’en chantier sous le régime Talon alors qu’on est juste au début des actions », rétorque fièrement Benjamin Alanmènou, coordonnateur départemental Ouémé de l’alliance AMANA, une coalition acquise à la cause du Chef de l’Etat.

Du côté des opposants politiques au régime Talon, le Président de la République ne fait que recycler les projets du gouvernement défunt pour en faire ses gloires aujourd’hui. « Les dirigeants actuels ont décidé de gouverner avec ruse, rage et se sont autorisés tous les coups afin de parvenir à leurs fins. Dans cette jungle politique où ils tiennent en otage le peuple béninois, ce sont des milliers de compatriotes qui périssent et meurent sous le coup de cette forme de gouvernance qui ne garantit nullement un avenir radieux au pays », avance Eugène Azatassou, coordinateur national de l’alliance Forces cauris pour un Bénin émergeant (FCBE) dont une partie des membres se réclament aujourd’hui de l’opposition politique au régime Talon.

Pour sa part, Léonce Houngbadji, président du Parti pour la libération du peuple (PLP) et membre du Front pour un sursaut patriotique (FSP) « dénonce la privatisation, l’affermage, la mise en concession et surtout la gestion opaque qui se fait du pays par le pouvoir Exécutif dirigé par Patrice Talon ».

Au sein de l’opinion publique, c’est le coup de gueule contre les réformes parfois scélérates du régime en place. Des Béninois crient, chaque jour que Dieu fait, à la faim et au manque de moyens nécessaires pour survivre dans la société.

« On nous prive du minimum, on gère le pays en écartant le volet social, nous mourons de faim et le panier de la ménagère est presque inexistant, le chômage est toujours galopant, la mévente s’est installée dans tous les marchés du pays et l’argent semble stagner dans la main de certains dirigeants qui se sont accaparés de l’économie nationale »dénonce avec vigueur Thérèse Waounwa, présidente de l’association des femmes du marché de Dantokpa, Cotonou.

« La reconstitution du tissu social pour redonner confiance » aux Béninois a donc du plomb dans l’aile. Et l’appréciation, même divergente qu’en font des animateurs de la vie politique et sociale à divers niveaux, inquiète et devrait, au nom de la patrie, interpeller les dirigeants pour une réorientation de leur politique surtout sociale. Et sur ce plan, le Président de la République en avait conscience puisqu’il déclarait dans son discours que « la tâche paraît immense mais ce n’est pas œuvre impossible ».

De l’irréalisme d’une gouvernance avec « dignité et simplicité »

« Comme vous le voyez, le mandat qui s’ouvre aujourd’hui  augure d’heureuses perspectives que je m’engage à transformer en actions concrètes destinées à l’essor du Bénin, au bien-être et à l’épanouissement de nos populations »[/su_quote].

Ainsi s’exprimait le Président Patrice Talon lors de son investiture le 6 avril 2016 sur le terrain Charles de Gaule de Porto-Novo, capitale du Bénin. Devant un parterre d’invités, de citoyens béninois, de représentants d’institutions tant nationales qu’internationales,  le corps diplomatique accrédité au Bénin et devant caméras et micros du monde, le tout nouveau Président élu à plus de 65% des suffrages exprimés s’engageait à faire de  son seul et unique mandat présidentiel, une réussite.

Tout en s’engageant, le Président Talon, lors de son discours soutient que « c’est pourquoi je ferai de mon mandat unique, une exigence morale en exerçant le pouvoir d’Etat avec dignité et simplicité ».

Une volonté bien affichée à cette tribune mais, c’était sans compter avec les aléas et les réalités du pouvoir. Cet engagement ne semble tenu que le même jour puisque les jours suivants, on constate déjà que les choses ont l’air d’être le contraire de ce qui a été dit. « L’exigence morale » serait aujourd’hui confinée dans un tiroir puisque les hommes et femmes à qui il a fait appel, à un moment donné, pour la conduite de certaines affaires posent malheureusement le problème de lâcheté et de légèreté administrative.

 Si l’acte de découpage et de désignation des chefs-lieux des départements a été salué à l’unanimité compte tenu de ce courage et cet acte de bravoure, le choix de certains préfets au passé douteux et qui se révèlent «incontrôlables » inquiète tout le peuple.

L’espoir qu’avait le peuple a aujourd’hui pris un coup, un coup très dur puisque, les promesses ne sont que, depuis lors, des discours politiques alors même que le peuple aurait aimé que l’actuel locataire de la Marina se démarque de ce lot des politicards béninois qui ont, à leur grande majorité, pillé l’économie du Bénin et l’ont presque mis à genou. Il promettait, lors de ce discours, une gestion du « pouvoir d’Etat avec dignité et simplicité ».

 Cette dignité aujourd’hui a du plomb dans l’aile puisque ce n’est que sous son mandat, depuis le début de la décentralisation, qu’il y a eu autant de maires destitués au Bénin. En moins de douze (12) mois, le pays a enregistré le plus grand nombre de maires déchus. La révocation du maire de la ville de Cotonou a été le couronnement, pour l’instant, de cet exploit.

L’exercice du pouvoir par dignité devrait, pour la tenue de cette promesse, obliger le Chef de l’Etat béninois à faire prendre toutes les dispositions pour obliger les maires en place à mieux gérer pour le bonheur de la communauté locale.

Plus besoin de démontrer aujourd’hui que les maires qui ont été destitués sont des maires n’ayant pas soit soutenu le candidat Talon devenu Président de la République, soit ne sont pas en accord avec sa politique de gouvernance. Pour preuve, certains maires destitués n’ont pas hésité à accuser le pouvoir exécutif d’avoir orchestré des manœuvres pour leur destitution alors même qu’ils n’auraient pas commis des fautes aussi lourdes pouvant conduire les conseillers à réclamer leur destitution. L’inaction et le silence du pouvoir face à ces accusations pourraient prouver sa probable « implication » dans ces dossiers.

Difficile lutte contre la corruption

La lutte contre la corruption est un combat engagé par  presque tous les régimes depuis le renouveau démocratique. Du Président Nicéphore Dieudonné Soglo à Patrice Talon en passant par Mathieu Kérékou et Thomas Boni Yayi, la corruption a toujours été un véritable phénomène qui gangrène l’administration publique béninoise.

Prenant chaque fois conscience de ce fléau anti-développement, ces Chefs d’Etat s’engagent, chacun à sa manière, à l’éradiquer et à le vaincre. Mais hélas, leurs efforts respectifs sont souvent noyés pour cause de convenances politiques, de considérations sociales et surtout de calculs électoralistes.

 L’actuel locataire du Palais de la Marina n’a malheureusement pas dérogé à cette règle qu’est de promettre et de s’engager dès les premiers jours de son mandat à véritablement lutter contre la corruption.

Ayant à nouveau recours à son discours d’investiture, le tout nouveau Chef d’Etat du Bénin déclarait du haut de sa tribune « je ferai de la lutte contre la corruption un combat de tous les instants et de tous les jours ». Par cette déclaration aussi solennelle, Patrice Talon affiche sa volonté de finir avec ce fléau, de sévir quand il le faut et de faire de l’impunité, un lointain souvenir dans l’esprit des Béninois. Mais seize (16) mois après son accession au pouvoir Exécutif, que retenir de cette lutte de son équipe gouvernementale ?

Les présumés coupables dans le dossier de la construction du nouveau siège de l’Assemblée nationale érigée juste à l’entrée de la capitale du Bénin, Porto-Novo sont toujours libres de tout mouvement et ne s’inquiètent guère. En janvier 2017, le ministre du Cadre de vie et de la protection de l’environnement, Didier Tonato, devant les parlementaires, déclarait que « les démarches seront enclenchées incessamment afin de situer les responsabilités et de traduire les mis en cause devant les juridictions compétences pour la suite judiciaire ».

Aussi, annonçait-il un nouvel audit pour mieux relancer le dossier. Mais depuis cette annonce, c’est le statu quo. Tout semble aussi calme et les actions concrètes du gouvernement tardent toujours à venir afin de rassurer le peuple toujours dubitatif sur la volonté du Chef de l’Etat, Patrice Talon de véritablement lutter contre la corruption dans le pays.

Les cas des machines agricoles, de Maria Gléta pour la construction et la mise en service d’une centrale électrique, la gestion de la filière des véhicules d’occasion et bien d’autres dossiers à scandale dans le pays complètent la liste qui n’est toujours pas exhaustive.

Même si ces dossiers cités sont souvent qualifiés de ceux hérités du régime défunt alors même que l’administration est une continuité, l’on se demande ce qu’a fait le régime Talon quant aux dossiers qu’il a lui-même ouvert ou audité. Les rapports d’audit  au niveau de la Société pour la promotion des produits agricoles (SONAPRA), du Fonds National de Micro finance (FNM), de l’affaire de faux diplômes et bien d’autres dossiers ouverts sous le régime de la rupture sont, semble-t-on le constater dans l’opinion publique, rangés au placard. Depuis lors, aucune action judiciaire n’est engagée par le régime en place pour que les présumés coupables répondent devant le juge quid pour être blanchis ou être inculpés par la justice.

 Les résultats de ces audits sont, comme par le passé avec les autres régimes, des instruments de chantage et de marchandage politique par le pouvoir en place.

L’inaction et le « manque de courage nécessaire » du Président de la République à prendre l’ultime décision afin de rassurer davantage les Béninois quant à sa lutte contre la corruption démontre malheureusement, au sein de l’opinion publique, que l’espoir d’une  vraie bataille contre la corruption et l’impunité s’effrite quotidiennement.

Alors qu’il déclarait, lors de son investiture qu’il « déploiera les efforts inlassables pour que la justice et la société civile destinées à mettre un terme à l’impunité ne s’épuisent ».

« A cet égard et pour en donner le gage nécessaire, je déclare du haut de cette tribune, que non seulement je m’y suis préparé mais j’affirme que je suis déjà prêt maintenant et tout de suite », avait annoncé le Président de la République sous un tonnerre d’applaudissements. Le Chef de l’Etat était-il vraiment « déjà prêt maintenant et toute de suite » comme il l’avait signifié ? La question reste posée et seules les actions concrètes, en rapport avec les discours pourront mieux créditer ce régime auprès de l’opinion publique.

En revisitant donc le discours d’investiture du Président Talon, un discours prononcé le 6 avril 2016 à Porto-Novo, on se rend compte aisément que l’homme aujourd’hui installé au Palais de la Marina est loin de l’image que gardent les Béninois de ce Patrice Talon qui a prêté serment, main sur le cœur, en jurant lutter contre la corruption, l’impunité et de créer un climat favorable où il fera bon vivre pour chacun et pour tous. Le chemin pour la fin de son mandat présidentiel est certes encore loin mais, des actes contraignent malheureusement  les Béninois à être de plus en plus sceptiques.

Source: http://beninwebtv.com/2017/08/gouvernance-sous-patrice-talon-le-benin-en-route-ou-en-deroute/

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