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RABIOT, LA POLITIQUE DE LA PORTE

RABIOT, LA POLITIQUE DE LA PORTE

C’est l’histoire d’un joueur sorti du ventre et coincé depuis longtemps entre deux portes. Du moins, c’était l’idée, jusqu’à ce qu’Adrien Rabiot, 23 ans, n’en prenne une en pleine tête, en ce début de semaine. Cette fois, l’affaire s’est jouée en deux temps. Le premier : en début d’après-midi lundi, Thomas Tuchel, son coach, s’est présenté en conférence de presse pour évoquer le déplacement du PSG en Coupe de la Ligue à Orléans, mardi soir. Ce qu’il en est sorti ? Une inversion des pouvoirs : désormais, Tuchel n’a plus le contrôle de son joueur. Dans le texte : « Je ne peux pas assurer qu’Adri finira la saison avec nous parce qu’il n’a pas dit oui au PSG, donc tout est possible. Vous savez aussi que c’était très important pour moi d’avoir un numéro six pour notre équipe cet été… Maintenant, c’est l’hiver et rien n’a changé. Cela va aussi dépendre de la situation de Rabiot et Diarra. Peut-être qu’on va avoir besoin de deux milieux défensifs d’ailleurs, c’est mathématique… » Un verrou a sauté sur le moment et tout le monde a définitivement compris le message masqué lors du deuxième temps du jour : une interview donnée à Yahoo Sport par Antero Henrique, le directeur sportif du PSG, dans laquelle le dirigeant parisien affirme que Rabiot a décidé de ne pas signer son contrat et « qu’il souhaitait quitter le club en étant libre à la fin de la saison » (date de la fin de son contrat au PSG). Autre chose ? Oui, surtout autre chose : « Pour le joueur, cela aura une conséquence très claire : il restera sur le banc pour une durée indéterminée. » Ce qu’Henrique justifie par le fait que « le joueur et son représentant nous aient induit en erreur pendant plusieurs mois. (…) Cette situation est irrespectueuse à la fois pour le club et pour les fans. » En réalité, elle l’est surtout pour le joueur.

La carte de la menace

Pour une raison simple : Adrien Rabiot n’a jamais refusé de jouer pour le PSG, ce qu’il a déjà fait à 227 reprises au cours de sa jeune carrière, dont vingt cette saison (quatorze apparitions en Ligue 1, dont douze titularisations ; le Trophée des Champions ; et, cinq matchs de C1, dont trois titularisations). Pourtant, le PSG a décidé d’abattre lundi soir la carte de la menace, de la gestion dictatoriale et de soumettre l’un de ses employés, ce qui pose plusieurs problèmes, dont un fondamental : signer une prolongation de contrat est un droit, pas un devoir, et Rabiot est libre de donner le sens qu’il souhaite à sa carrière. Le seul regret possible dans cette situation nous ramène simplement au joueur et à son absence de prise de position publique sur le sujet, ce qu’avait fait en son temps Mamadou Sakho, expliquant au moment de son départ pour Liverpool vouloir « casser ce truc là avec Paris pour prouver et montrer qu’à partir du moment où mon travail n’était pas récompensé, j’ai préféré prendre une décision et l’assumer. (…) Des fois, dans le football, on a tendance à oublier qu’on est des hommes avant tout. On utilise les joueurs par rapport à leur image et ce qu’ils représentent au sein d’un club. » À Paris, Rabiot est quelque chose, un outil politico-sportif mêlé d’un casse-tête éternel -impossible d’oublier le déroulé de sa prolongation de l’automne 2014- mais quoi qu’il arrive, il méritait une sortie à la hauteur.

Le joueur réduit à sa fonction d’investissement

La hauteur, justement, ce sera le débat des prochains mois : le PSG peut-il se séparer de son milieu français, qui n’a débuté que quatre matches de Ligue 1 depuis deux mois et qui n’a disputé qu’une quinzaine de minutes à peine sur les deux derniers matches de poules de C1 du club ? Ça semble être la porte ouverte alors que le Barça, Liverpool ou encore la Juventus suivent le dossier. Dans tous les cas, un départ sera intéressant à suivre en terme d’évolution sportive pour un joueur qui a besoin d’un cadre fixe, ce qu’expliquait très bien récemment Thiago Motta : « Il est intelligent. Il comprend bien le football. Il a un potentiel énorme et peut joueur partout, en sentinelle et même en défenseur central. (…) Après, ça dépend comment tu lui expliques les choses. Ce n’est pas quelqu’un à qui tu dis « fais ça ou ci » et basta. On ne peut pas le lui imposer. Il jouera, mais il ne sera qu’à 60%. Pour être à 100%, il doit être convaincu que c’est le mieux pour lui et l’équipe. » Le débat sur son poste idéal dure depuis des années, Rabiot ne se voyant qu’en 8 là où d’autres le veulent en 6. Reste que son éventuel départ forcerait surtout le PSG à cogner sur le mercato hivernal et à (enfin) combler une demande du premier jour de Thomas Tuchel : le six, le vrai, l’équivalent de son Weigl de Dortmund. Aujourd’hui, c’est avant tout un cas humain que le club parisien doit gérer au-delà du sportif, celui d’un joueur formé au club, qui filera probablement sans que le PSG ne touche le moindre centime, sauf s’il part en janvier, et réduit à sa fonction première d’investissement. Tuchel avait peut-être raison : tout ça n’est que « mathématique » .

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