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Politique

Suspension de Léhady Soglo à la tête de la mairie de Cotonou: L’escalade d’une mésintelligence politique ?

Suspension de Léhady Soglo à la tête de la mairie de Cotonou: L’escalade d’une mésintelligence politique ?

Le maire de Cotonou, Léhadi Soglo, est suspendu de ses fonctions pour deux mois, par arrêté n° 26/MDGL/DG/SGM/DGCL/SA/O11/SGG17 du ministre en charge de la Décentralisation en date du vendredi 28 juillet dernier. Son intérim est assuré par le premier adjoint au maire, Isidore Gnonlonfoun. « Il est reproché à l’intéressé « des faits graves », lesquels seraient constitutifs « de fautes lourdes au regard des dispositions de l’article 55 de la loi 97-029 du 15 janvier 1999 portant organisation des communes en République du Bénin », indique l’article 2 dudit arrêté.

Au nombre des faits, précise la décision signée du ministre Barnabé Dassigli, il y a « la vente ou l’aliénation abusive de biens domaniaux », la violation des règles de déontologie administrative, l’augmentation des frais de représentation qui passent de 2 millions à 10 millions F Cfa pour l’année 2017 sans délibération spécifique du Conseil municipal ou de l’autorité de tutelle, l’engagement de dépenses en dehors de la procédure des marchés publics ». Distorsion de ressources financières, organisation de simulacre de consultations en matière de marché public, effacement des traces de documents administratifs et comptables par incinération, sont également des griefs portés à son encontre.
Chacun de ces faits est étayé par des précisions vraisemblables qui, si elles s’avèrent, justifieraient amplement la décision ministérielle.
Mais au-delà de ces faits, c’est un secret de polichinelle que le président du Conseil municipal entretenait des relations très tendues avec l’autorité de tutelle, en l’occurrence le préfet Modeste Toboula. L’on se rappelle la demande d’explication adressée au maire par le représentant de l’autorité centrale pour n’avoir pas assisté à l’installation de ce dernier, les divergences étalées au grand jour dans le cadre de l’opération de libération de l’espace public. Les rapports entre le maire et le sommet de l’Etat sont également loin des cordiaux. Les escalades verbales entre le maire et le président de la République au sujet du projet « Grand Nokoué » en sont une illustration. Toutes choses qui témoignent du climat délétère de collaboration entre la mairie de Cotonou et l’Exécutif.

Précipitation

Léhady Soglo était depuis quelques mois dans le collimateur de la tutelle. L’inspection générale de l’Etat est mise à ses trousses et ses jours étaient comptés à la tête de la mairie, selon les indiscrétions.
En l’espace de huit mois, pas moins de quatre audits ont été dépêchés à la mairie. Léhady Soglo ne cache pas sa stupéfaction. « Nous ne comprenons pas l’acharnement dont nous sommes l’objet », lâche-t-il. « Les trois premiers n’ont révélé aucune malversation », a-t-il laissé entendre, au terme de son audition du vendredi dernier. Qu’en est-il du quatrième ? « Nous ne nous reprochons rien », clame le maire suspendu de Cotonou. Toujours est-il que le maire sera entendu pendant quatre heures de temps, ce vendredi 28 juillet. Une première depuis l’avènement de la décentralisation. Le maire aura beau plaidé que la séance soit reportée afin qu’il ait le temps de préparer ses réponses à la dizaine de questions à lui adressée, rien n’y fit. Il n’aura pas eu le temps de se défendre jusqu’au bout avant que le fatidique coup de l’arrêté ministériel portant sa suspension ne lui soit asséné. Un document administratif de quatre pages rendu public, une trentaine de minutes seulement après la fin de l’audition.
Il faut reconnaître que le ministre de la Décentralisation est dans ses prérogatives, en vertu de l’article 54 de la loi 97-029 portant organisation des communes en République du Bénin, qui stipule : « Le maire ou l’adjoint qui commet une faute lourde peut être révoqué de ses fonctions. La faute lourde est constatée par l’autorité de tutelle qui, après avis du Conseil départemental de concertation et de coordination, créé par l’article 16 de la loi 97-028 portant organisation de l’administration territoriale en République du Bénin, en dresse rapport au ministre chargé de l’administration territoriale. Celui-ci peut prononcer la suspension du maire ou de l’adjoint et proposer le cas échéant la révocation au Conseil des ministres. » Mais le hic, la précipitation dans laquelle est intervenue la décision paraît tout de même curieuse. Ce qui fait dire à certains observateurs qu’elle serait rédigée à l’avance et l’audition, qui a fuité quarante-huit heures avant sa tenue, n’est qu’un scénario pour entériner ce qui était préparé.
Il est à craindre que ce qu’on reproche au maire soit fondé mais que la procédure pèche pour vice et irrégularités. La suspension ne fait pas obstacle à des voies de recours. « Si le maire suspendu pense qu’il l’a été à tort, il peut saisir la Cour suprême », conçoit Claude Djankaki, spécialiste de la décentralisation.

Règlement de comptes ?

Sur tout autre plan, des proches de Léhady Soglo soutiennent à tort ou à raison que la crise au sein de son parti, la Renaissance du Bénin, duquel il est destitué du poste de président puis exclu par un groupe de réformistes, serait tributaire de la mésentente avec le pouvoir public. Vraisemblable ! Léhady Soglo et son parti la Renaissance du Bénin n’ont pas soutenu l’avènement du régime du Nouveau départ. C’est connu de tous. Mais il ne s’est pas déclaré opposant, non plus. A quoi doit-on attribuer ses ‘’déboires’’ avec le pouvoir en place ? De toute façon, les faits à lui reprochés, s’ils étaient vérifiés, sont assez éloquents et peuvent justifier la prise de mesures conservatoires telles que la suspension. Mais, sur le terrain politique, aucun détail n’est à négliger.
La suite du feuilleton réserve sans doute des surprises. La suspension laissera-t-elle place à la révocation du maire Léhady Soglo ? N’ayant plus rien à perdre, celui-ci se battra sans doute pour conserver son fauteuil. Réussira-t-il ? C’est une autre paire de manches.
Toutefois, il peut déjà compter sur le soutien de quelques ‘’amis’’ politiques, en l’occurrence le maire déchu de Ouidah, Sévérin Adjovi, le ministre Candide Azannaï qui a démissionné récemment du Gouvernement, l’ancien président de la Cour constitutionnelle, Robert Dossou, Sans oublier bien sûr ses parents du maire : Nicéphore et Rosine Soglo, qui se sont rendus à son domicile aux premières heures de la suspension, tout comme des dizaines de curieux et de militants de la Renaissance du Bénin qui sont restés fidèles à l’héritier du parti des Soglo.
Les forces de l’ordre dépêchées au domicile du maire ont essuyé la huée de la foule venue manifester leur désapprobation. Les hommes en uniforme ont annoncé dans un premier temps, que c’est pour une visite domiciliaire et par la suite qu’il s’agit d’une perquisition, alors qu’il n’y a aucune procédure ouverte contre le maire, se désole son avocat Me Alfred Bocovo. « En tant que maire de sa commune, c’est un officier de police judiciaire et la méthode pour l’interpeller, même s’il y avait des infractions contre lui, est cavalière », dénonce l’avocat. La tension est restée vive jusqu’à tard dans la nuit au domicile du maire. Le calme est revenu plus tard, mais le maire Léhady Soglo lui-même est resté introuvable. Il avait déjà saisi l’autorité de tutelle pour un voyage à l’extérieur, mais l’autorisation ne lui est pas accordée. Les interprétations vont bon train.

De la méthode !

Un ballet impressionnant de personnalités politiques est observé dans la soirée du vendredi dernier. Toutes condamnent la « procédure d’urgence » et la violation des libertés. « Ce qui se fait ici est la négation de la démocratie locale », fustige le président Nicéphore Soglo, ancien maire de Cotonou et père de Léhady, qui évoque la présomption d’innocence et la violation du domicile du maire. « Il aurait fallu que ce soit des juges qui décident de ça… Nous allons faire reculer la dictature », laisse-t-il entendre.
« Lorsqu’on a un reproche à faire à quelqu’un, il faut lui notifier ce qu’on lui reproche, lui laisser le temps de préparer sa défense », suggère Robert Dossou. « A ce train, craint l’ancien président de la Cour constitutionnelle, n’importe qui peut avoir sa maison envahie de soldats. On peut l’arrêter ou l’enfermer n’importe comment pour n’importe quoi ». « Des cas de ce genre, il faut les éviter. Porter atteinte à la dignité, à la liberté d’une personne humaine, le droit qui s’applique chez nous ne le permet pas », rappelle le militant Robert Dossou, ajoutant que cette pression ne lui dit rien qui vaille. « Si le contradictoire ne peut pas être appliqué préalablement… dans des fonctions respectables que les gens occupent, nous sommes menacés et moi militant des droits de l’Homme, militant du droit tout court, je suis obligé de m’engager ».

Source : La Nation Bénin

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